Notes suite à une visite d’atelier, Montreuil
« 11 sentier des marécages
Entre deux bâtiments un chemin étroit s’ouvre, on manque le panneau qui indique le nom du sentier si l’on arrive dans le sens opposé; un retour sur ses pas permet de le découvrir. C’est bien là le sentier. Arrivé au numéro 11, plusieurs boites aux lettres groupées mais aucune ne porte le nom de Guilbaud . En poursuivant le chemin, cachée sous des feuillages enfin une boite avec le nom. On aperçoit derrière un muret un jardinet et une maison avec au rez-de-chaussée ce qui semble être un atelier porte ouverte. Je m’y aventure parmi les sellettes avec des œuvres en cours et contourne la maison pour trouver une baie vitrée et frapper. Je trouve l’artiste étonnée de mon arrivée par cet arrière du bâtiment. Arrivée sans doute inappropriée. Sentiment que l’accès d’une œuvre est toujours le parcours d’un labyrinthe.
Géraldine Guilbaud a pratiqué la danse. Sensible dans sa posture. Une boule d’énergie qui a besoin d’engager son corps dans l’action y compris dans le gestuel de la parole.
La danse est soumise comme tout corps à la gravitation. En Occident elle s’exprime souvent par un désir d’y échapper par le saut qui implique une retombée, un rebond en quelque sorte une élasticité de l’allègement. Le travail de l’artiste s’inscrit dans cette logique d’une énergie en mouvement. Celle de l’équilibre fragile (les plongeoirs) de l’envol (les ailes) et encore la coulée de la matière en cascade colorée (sculptures au mortier de chaux).
Tout ce jeu de la plasticité dans l’humidité, la fluidité des composants subit la sanction du feu qui glaces les matières.
Ce désir d’échapper au sol, de tenir en l’air est complété par celui de s’enraciner. En ce sens les dessins/peintures réalisés sur le motif témoignent d’un goût du paysage naturel.
Les sculptures ancrent formellement dans le réel cette appétence pour la terre et le minéral. Les pâtes céramiques et des émaux sont le champ d’expériences intuitives régulées par les contraintes des matériaux. Celles-ci s’affirment en coulées géologiques fixées par le feu ou parfois prennent l’aspect de rocs mêlés d’écorces d’arbres. Elle déclare son attachement à la montagne corse et à celle chère à Courbet dont elle semble partager le même élan naturaliste d’engagement physique avec la matière du monde.
Au regard de ses carnets on perçoit l’urgence de l’énergie jaillir sous toutes formes y compris dans sa manière d’organiser avec méthode ses recherches. Tout dans son travail paraît régit par une urgence; l’énergie vibre partout au fil d’intuitions de l’instant. La mise en ordre grouille en agitation brownienne. Les échafaudages et calages improbables lors de la construction de ses sculptures révèlent cette énergie dansante qui s’assure des appuis au fur et à mesure de la nécessité plutôt que dans l’anticipation stratégique. Ce sont précisément les conséquences de cette « méthode » du coup par coup, du fur et à mesure qui construisent dans la fragilité la réussite de ce travail, au moins des réussites, car à ce jeu il y a bien sûr des chutes. Les thèses de Taine qui associent les œuvres à l’influence d’un territoire semblent trouver chez Géraldine Guilbaud une part de validité. Apport du territoire montagne, à la nature comme matière première incontournable du réel. Faire danser la montagne. Ne pas oublier son soulèvement son mouvement ascensionnel et sa pente qui attire vers le bas dans son entropie. Là se dessine son statut antérieur de fluide. Le travail de Géraldine Guilbaud est nourrit de cette vague « explosante fixe » (Boulez) Comment mieux dire cette explosion et sa quête de l’être là stable avec une assise (la chaise comme socle). »
U. Oudeis